David Doukhan est un journaliste politique français dont le parcours traverse plusieurs rédactions majeures : Europe 1, Le Parisien, Radio Classique, puis LCI. Ce qui distingue son profil dans le paysage médiatique, ce n’est pas seulement la liste de ses postes, mais la manière dont ses confrères, syndicats et observateurs des médias commentent sa pratique éditoriale et son positionnement.
David Doukhan et le reproche de « journalisme de cour » à Europe 1
Lors de son passage à Europe 1, le syndicat des journalistes du service public a publiquement critiqué la ligne incarnée par Doukhan. Le terme employé était sans ambiguïté : un journal qualifié d’« Ancien Régime pratiquant le journalisme de cour, sans aucune diversité d’opinion ».
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Cette critique syndicale ne visait pas uniquement un individu. Elle pointait un mode de traitement de l’information politique perçu comme trop proche du pouvoir exécutif, où les sources élyséennes occupent une place prépondérante dans la hiérarchie éditoriale.
Ce type de reproche n’est pas anodin dans une rédaction. Il traduit un clivage entre journalistes qui revendiquent une posture de contre-pouvoir et ceux qui privilégient l’accès aux sources institutionnelles, quitte à être perçus comme complaisants. David Doukhan cristallise ce débat depuis plusieurs années.
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Rédacteur en chef au Parisien : le virage presse écrite
Avant son arrivée à LCI, David Doukhan a dirigé le service politique du Parisien-Aujourd’hui en France pendant cinq ans. Ce passage en presse écrite, après des années de radio et de plateau, mérite qu’on s’y arrête.
Diriger un service politique en presse quotidienne implique un travail de fond différent de celui du direct audiovisuel. La temporalité change : les angles se construisent sur plusieurs jours, les enquêtes nécessitent des recoupements plus longs, et la relation aux sources politiques prend une forme moins spectaculaire qu’un face-à-face télévisé.
Ce passage au Parisien est rarement commenté par ses pairs de l’audiovisuel, qui retiennent surtout ses chroniques matinales sur Radio Classique (depuis 2021, chaque matin à 7h25) et ses éditos à Europe 1. La presse écrite reste un angle mort dans la perception publique de son travail.
David Doukhan sur LCI : présentation et rédaction en chef
En septembre 2024, David Doukhan rejoint LCI au sein du groupe TF1. Son périmètre est double :
- Présentateur et rédacteur en chef de la tranche 18h-20h, le vendredi et le samedi
- Co-animation de « L’événement du dimanche » aux côtés de Marie Chantrait, de 12h à 14h
- Maintien parallèle de son édito politique quotidien sur Radio Classique
Ce cumul de fonctions entre une chaîne info en continu et une radio classique illustre un modèle de journaliste politique multi-supports. La pratique est courante dans le paysage médiatique français, mais elle soulève une question récurrente dans les rédactions : peut-on diriger une tranche d’information télévisée tout en tenant un édito quotidien sur un autre média sans que les deux lignes éditoriales s’influencent ?
La gestion des sources en off, enseignée à Sciences Po
Un indicateur du statut professionnel de Doukhan parmi ses confrères : l’École de journalisme de Sciences Po l’a invité pour un module intitulé « Gestion des sources : maîtriser le off ». Le sujet n’est pas anodin.
Le off, c’est-à-dire l’information transmise par une source à condition de ne pas être citée nommément, constitue le nerf de la guerre en journalisme politique. Maîtriser le off suppose une relation de confiance avec les cabinets ministériels et les entourages partisans, mais aussi la capacité de résister à l’instrumentalisation.
Que Sciences Po confie ce cours à Doukhan indique que l’institution reconnaît son expertise sur ce terrain, même si ses détracteurs y voient précisément la preuve d’une trop grande proximité avec les cercles du pouvoir.

L’étiquette « macroniste » : ce que disent les observateurs des médias
Dans les échanges publics entre professionnels et observateurs des médias, un qualificatif revient à propos de David Doukhan : « macroniste jusqu’au bout des ongles ». Cette expression, relayée notamment par Frontières Média, résume un reproche formulé par une partie de la profession.
Le grief ne porte pas sur une affiliation partisane déclarée, mais sur un traitement éditorial perçu comme favorable au pouvoir en place. Les éditorialistes politiques qui couvrent l’Élysée et Matignon depuis plusieurs mandats sont régulièrement exposés à cette accusation, surtout lorsqu’ils bénéficient d’informations exclusives en provenance des cercles présidentiels.
Le commentaire de Frontières Média décrit Doukhan comme « de plus en plus décevant », ce qui suggère que certains confrères ou observateurs avaient initialement une opinion favorable de son travail avant de juger qu’il basculait vers une forme de complaisance.
Propagande contre propagande : la chronique Télérama
Télérama a relayé un propos attribué à David Doukhan estimant que la couverture médiatique actuelle relève de la « propagande contre propagande ». Cette formulation, reprise sur les réseaux sociaux, a suscité des réactions contrastées.
Pour certains confrères, cette lucidité affichée sur les limites du traitement médiatique dénote une forme d’honnêteté intellectuelle. Pour d’autres, elle pose un problème : un présentateur de journal télévisé qui parle de propagande sape la crédibilité de son propre média.
L’édito « L’ère des pleutres » : prendre position à l’antenne
Sur TF1 Info, dans le cadre de son édito « Cartes sur table », David Doukhan a signé une chronique titrée « Bienvenue dans l’ère des pleutres ». Le texte pointe les comportements de responsables politiques dont les positions varient en fonction des crises traversées par le pays.
Ce registre, celui de l’éditorialiste qui assume un jugement moral sur la classe politique, tranche avec le rôle de rédacteur en chef d’une tranche d’information. La frontière entre les deux fonctions, présenter l’actualité et la commenter, reste l’un des points de friction les plus fréquents dans les rédactions françaises.
- Le rédacteur en chef hiérarchise l’information et supervise le traitement factuel
- L’éditorialiste prend position et engage sa subjectivité
- Quand la même personne occupe les deux rôles, le risque de confusion entre information et opinion augmente
David Doukhan incarne cette double casquette, assumée par LCI et par Radio Classique. Ses confrères qui le critiquent ne contestent pas nécessairement ses compétences techniques, mais interrogent l’effet de cette superposition sur la confiance du public envers l’information politique télévisée. Le débat qu’il suscite dans les rédactions dépasse sa personne : il touche à la définition même du rôle d’un journaliste politique à la télévision.

